OBO en boulangerie : définition, conditions, exemple chiffré

Comprendre le montage, mesurer ce que vous pouvez récupérer et vérifier ce que votre boulangerie peut réellement rembourser. Définition, conditions, exemple chiffré et réponses aux questions fréquentes.

L’OBO, pour « Owner Buy-Out », est une opération dans laquelle un dirigeant vend tout ou partie des titres de son entreprise à une holding dont il reste actionnaire, généralement en conservant le contrôle. En boulangerie, ce montage peut permettre de transformer une partie de la valeur de son entreprise en liquidités personnelles tout en continuant à la diriger.

Il appartient à la famille des rachats avec effet de levier, ou LBO. Source : Service Public Entreprendre ↗

Après des années à développer votre boulangerie, une part importante de votre patrimoine peut être concentrée dans votre entreprise. Elle possède une valeur, mais cette valeur ne se trouve pas sur votre compte personnel.

L’OBO répond à cette situation. Son intérêt dépend cependant d’une question très concrète : la boulangerie pourra-t-elle financer cette opération tout en continuant à payer ses équipes, entretenir son matériel et investir ?

Car l’argent reçu par le dirigeant a une contrepartie : une dette à rembourser.

Comment fonctionne un OBO en boulangerie ?

Dans le montage présenté ici, le dirigeant crée une holding, c’est-à-dire une société qui détiendra les titres de la société d’exploitation.

La holding reçoit des fonds propres et emprunte pour acheter les titres au dirigeant. Celui-ci encaisse le prix de vente et continue à piloter la boulangerie, désormais détenue par l’intermédiaire de la holding.

Le remboursement de l’emprunt repose principalement sur les dividendes que la société d’exploitation pourra verser à la holding. Les prévisions doivent donc couvrir les deux sociétés et intégrer les frais de fonctionnement de la nouvelle structure. Source : Bpifrance Création ↗

LE MÉCANISME EN UN COUP D’ŒILVous restez à la tête de votre boulangerie.
AVANT
Le dirigeant
↓ détient 100 %
La boulangerie
APRÈS
Le dirigeant
↓ détient 100 %
La holding
↕ Détention 100 % ↓ · Dividendes ↑
La boulangerie
Banque Emprunt → holding
Remboursements ← holding

À l’acquisition : le dirigeant apporte des fonds propres à la holding et lui vend ses titres. La holding lui verse le prix de vente grâce à l’apport et à l’emprunt. Exemple sans investisseur extérieur.

La boulangerie continue à produire et à vendre. Le changement concerne son actionnariat et l’utilisation future d’une partie de ses résultats.

Pourquoi envisager un OBO ?

Le premier objectif peut être de diversifier son patrimoine. Un dirigeant peut avoir une entreprise rentable tout en disposant de peu d’épargne en dehors de son outil professionnel.

L’OBO peut également s’inscrire dans une réorganisation de l’actionnariat ou préparer une transmission progressive. Selon le projet, des associés ou des investisseurs peuvent entrer dans la holding.

Il faut toutefois distinguer deux objectifs : dégager des liquidités pour le dirigeant et financer le développement de la boulangerie. Dans une acquisition de titres, le prix de vente revient au vendeur. Il n’alimente pas automatiquement la trésorerie de l’entreprise.

Si votre priorité est d’ouvrir un magasin, de moderniser le laboratoire ou de remplacer plusieurs équipements, ces besoins doivent être financés dans le même prévisionnel.

Quelles conditions faut-il réunir ?

Une rentabilité durable, après une rémunération normale du dirigeant

Une bonne année ne suffit pas à démontrer la capacité de remboursement sur plusieurs années.

L’analyse doit porter sur les résultats récurrents : évolution des ventes, marge matières, masse salariale, énergie, loyers et organisation des équipes.

La rémunération du dirigeant mérite une attention particulière. Une boulangerie peut sembler très rentable parce que son responsable travaille énormément et se rémunère peu. Le prévisionnel doit intégrer une rémunération cohérente avec le travail effectué, ainsi que le coût des renforts nécessaires.

Pour plusieurs magasins, cette analyse doit être menée établissement par établissement. Une performance globale satisfaisante peut masquer un point de vente qui consomme régulièrement de la trésorerie.

Une capacité réelle à dégager de l’argent

L’excédent brut d’exploitation, ou EBE, donne un premier repère sur la performance de l’activité. Il ne représente pas la somme disponible pour rembourser la holding.

Il faut notamment tenir compte :

  • des impôts et des intérêts payés par la société d’exploitation ;
  • du remboursement de ses emprunts existants ;
  • des investissements nécessaires ;
  • des variations de stocks et des décalages d’encaissement ou de paiement ;
  • de la trésorerie à conserver pour les périodes plus difficiles.

Un four vieillissant, une chambre froide à remplacer ou un magasin à rénover doivent apparaître dans le calcul dès le départ.

Des dividendes juridiquement possibles

Avoir de l’argent sur le compte bancaire ne suffit pas à autoriser une distribution.

Les dividendes doivent respecter les règles relatives au bénéfice distribuable, aux réserves et au maintien des capitaux propres. Leur versement suppose aussi les décisions sociales nécessaires. Source : article L. 232-11 du Code de commerce ↗

Le dossier doit donc valider deux conditions distinctes : la société peut-elle distribuer cette somme et peut-elle se permettre de la sortir de sa trésorerie ?

Une valorisation justifiable

Le prix des titres doit pouvoir être expliqué par les caractéristiques de l’entreprise et ses perspectives.

Il faut distinguer la valeur de l’activité de la valeur des titres, qui tient notamment compte de l’endettement et de la trésorerie selon les ajustements retenus. Une estimation du fonds de commerce ne se transpose pas automatiquement au prix des parts ou des actions.

Fixer le prix en partant uniquement de la somme que le dirigeant souhaite récupérer conduit à inverser le raisonnement.

Un financement compatible avec les besoins de la boulangerie

Le montant emprunté, la durée, le taux, les garanties et les engagements demandés par la banque doivent être étudiés ensemble.

Le calendrier compte aussi : les échéances bancaires et les distributions de dividendes ne tombent pas nécessairement au même moment. La holding doit disposer de la trésorerie nécessaire entre les deux.

Exemple chiffré : un OBO sur une boulangerie valorisée 600 000 €

Un dirigeant détient 100 % d’une société exploitant une boulangerie. La valeur retenue pour l’ensemble de ses titres est de 600 000 €, après prise en compte de sa situation financière.

Il souhaite conserver le contrôle de l’activité et récupérer une partie de la valeur créée.

Le financement de l’acquisition

La holding achète la totalité des titres pour 600 000 €. Une enveloppe supplémentaire de 20 000 € couvre les frais d’opération retenus dans cette simulation.

Besoins de financementMontant
Acquisition des titres600 000 €
Frais d’opération estimés20 000 €
Total des besoins620 000 €
Ressources de la holdingMontant
Apport personnel en numéraire du dirigeant170 000 €
Emprunt bancaire450 000 €
Total des ressources620 000 €

Le dirigeant encaisse 600 000 € au titre de la vente et apporte 170 000 € à la holding. L’augmentation de ses liquidités personnelles liée à ces deux mouvements est donc de :

600 000 € − 170 000 €430 000 €Avant fiscalité personnelle et éventuels frais propres.

L’exemple suppose qu’il dispose des fonds nécessaires à l’apport. Si cet apport dépend du produit de la vente, l’organisation des flux au moment de la réalisation doit être sécurisée.

Les 430 000 € ne représentent pas un enrichissement immédiat du même montant : le dirigeant reçoit des liquidités, mais possède désormais ses titres à travers une holding endettée.

Le remboursement annuel

Retenons un emprunt de 450 000 € sur sept ans à un taux fixe hypothétique de 4,5 %, avec sept annuités constantes.

L’échéance annuelle, comprenant capital et intérêts, est d’environ 76 366 €, hors assurance et frais supplémentaires.

La holding prévoit de recevoir 85 000 € de dividendes par an. Après paiement de l’annuité, il lui reste environ 8 634 € pour ses frais récurrents, son éventuelle fiscalité, ses assurances et sa marge de trésorerie.

Ce reliquat doit être confronté aux dépenses réelles de la holding. Il ne constitue pas automatiquement une réserve suffisante.

La boulangerie peut-elle verser 85 000 € par an ?

Voici une estimation simplifiée de sa capacité annuelle, construite à partir d’un EBE de 220 000 €, après rémunération normale du dirigeant.

Passage de l’EBE à la trésorerie mobilisableMontant annuel
EBE retraité220 000 €
Impôt sur les sociétés décaissé, hypothèse− 35 000 €
Intérêts des emprunts existants− 5 000 €
Capital remboursé sur les emprunts existants− 20 000 €
Investissements payés sur la trésorerie− 30 000 €
Augmentation du besoin en fonds de roulement− 10 000 €
Marge supplémentaire conservée par prudence− 20 000 €
Capacité indicative avant dividendes100 000 €
Dividendes prévus vers la holding− 85 000 €
Solde supplémentaire conservé dans l’exploitation15 000 €

Dans ce scénario, la distribution semble compatible avec les flux prévus. Elle reste conditionnée à l’existence de sommes distribuables et à la réalisation effective des résultats.

Ce tableau n’est pas un calcul du bénéfice distribuable. C’est une estimation de trésorerie à compléter par les comptes et un prévisionnel mensuel.

Avant et après l’OBO : ce qui change

Point de comparaisonAvant l’OBOAprès l’OBO, dans notre exemple
Détention de la boulangerieLe dirigeant détient directement 100 % des titresIl détient 100 % de la holding, qui détient 100 % de la boulangerie
Direction de l’activitéAssurée par le dirigeantMaintenue par hypothèse
Liquidités personnelles issues de l’opérationAucune+ 430 000 € avant fiscalité personnelle et frais propres
Dette d’acquisition de la holdingAucune450 000 € au départ
Emprunts déjà présents dans la boulangerieÀ rembourserRestent à rembourser selon leurs contrats
Besoin annuel de la holdingAucunEnviron 76 366 € de dette, plus ses autres dépenses
Dividendes nécessaires au montageAucun besoin lié à un OBOHypothèse de 85 000 € par an
Capacité d’investissement futureDépend de l’exploitationDoit aussi tenir compte des distributions nécessaires à la holding
Organisation administrativeUne société dans cet exempleDeux sociétés à suivre

Quelles sont les limites et les risques ?

Une baisse de résultat peut déséquilibrer le montage

Reprenons l’exemple. Si l’EBE diminue de 30 000 € et que les autres hypothèses restent constantes pour ce test simplifié, la capacité indicative avant dividendes passe de 100 000 € à 70 000 €.

Une hausse de masse salariale, une baisse de fréquentation ou des travaux imprévus peuvent donc obliger à revoir les distributions et le financement. Le prévisionnel doit tester plusieurs situations défavorables, avec leurs conséquences sur l’impôt et la trésorerie.

La dette peut freiner les investissements

L’argent distribué à la holding n’est plus disponible dans la boulangerie.

Pendant la durée du remboursement, il faut pouvoir financer le renouvellement du matériel et les évolutions commerciales. Repousser systématiquement ces dépenses pour respecter les échéances finit par fragiliser l’outil de travail.

Le patrimoine personnel peut rester exposé

L’OBO permet de dégager des liquidités, mais les garanties éventuellement consenties doivent être examinées. Une caution personnelle peut maintenir une exposition du dirigeant au risque professionnel.

La portée de cette garantie compte autant que le montant encaissé.

La fiscalité réduit le montant réellement disponible

La cession peut générer une plus-value imposable. Son calcul dépend notamment du prix de vente, du prix ou de la valeur fiscale d’acquisition des titres et des règles applicables à la situation du vendeur. Le prix encaissé et la plus-value taxable sont donc deux montants différents. Source : impots.gouv.fr ↗

La fiscalité des dividendes reçus par la holding doit également être étudiée. Le régime mère-fille peut limiter leur imposition sous conditions ; il ne rend pas tous les flux automatiquement exonérés. Source : BOFiP, conditions du régime mère-fille ↗

Enfin, en cas d’intégration fiscale, une acquisition auprès de personnes contrôlant le groupe peut relever du dispositif dit « amendement Charasse », qui limite la déduction de certaines charges financières. Une économie d’impôt supposée ne doit donc jamais être intégrée au financement sans validation. Source : BOFiP, amendement Charasse ↗

Le montage comporte des coûts durables

Aux frais initiaux s’ajoutent la comptabilité, les obligations juridiques, les frais bancaires et le suivi de la holding.

Pour une opération de faible montant, ces coûts peuvent réduire sensiblement l’intérêt économique de l’OBO.

Questions-réponses sur l’OBO en boulangerie

Peut-on faire un OBO avec une seule boulangerie ?

Oui, le montage peut être étudié pour un seul établissement exploité en société. La capacité à dégager durablement de la trésorerie compte davantage que le nombre de magasins.

Peut-on conserver 100 % du contrôle ?

Oui, c’est l’hypothèse de notre exemple : le dirigeant détient toute la holding, qui détient toute la société d’exploitation. Si des investisseurs entrent au capital, les droits de vote et les règles de décision doivent être examinés.

Faut-il obligatoirement faire entrer un investisseur ?

Non. Un OBO peut être financé par les fonds propres du dirigeant et un emprunt bancaire, sous réserve que le financement soit accepté.

Est-ce possible en entreprise individuelle ?

Le schéma présenté repose sur la vente de titres d’une société. Une entreprise individuelle ne possède pas de parts ou d’actions à céder : une éventuelle restructuration préalable nécessite une étude spécifique.

L’OBO apporte-t-il de l’argent à la boulangerie ?

Dans notre exemple, le prix d’achat est versé au dirigeant vendeur. La société d’exploitation ne reçoit pas ces 600 000 €. Ses besoins de financement doivent être traités séparément.

Qui rembourse l’emprunt ?

La holding rembourse juridiquement son emprunt. Dans le montage présenté, ses ressources proviennent principalement des dividendes de la boulangerie. L’exploitation supporte donc indirectement l’effort financier.

Peut-on arrêter les dividendes en cas de difficulté ?

Une distribution ne doit pas être décidée si elle est juridiquement impossible ou incompatible avec la situation de l’entreprise. Mais les échéances de la holding restent dues : il faut alors examiner ses réserves et les solutions possibles avec ses financeurs.

Combien le dirigeant récupère-t-il réellement ?

Il faut partir du prix effectivement encaissé, puis retrancher l’apport ou le réinvestissement dans la holding, la fiscalité personnelle et les frais restant à sa charge. Dans notre exemple, les 430 000 € sont calculés avant fiscalité personnelle.

L’OBO prépare-t-il automatiquement la retraite ?

Il peut contribuer à constituer un patrimoine extérieur à l’entreprise. Il ne remplace ni une stratégie de transmission ni l’organisation du départ du dirigeant.

Par quoi commencer ?

Par un diagnostic de rentabilité et de trésorerie, puis une valorisation argumentée. L’expert-comptable, l’avocat et le financeur peuvent ensuite vérifier les conditions comptables, juridiques, fiscales et bancaires du projet.

ET VOTRE BOULANGERIE ?

Peut-elle supporter un OBO ?

Avant de chercher le montant que vous pourriez récupérer, mesurez ce que votre entreprise peut verser chaque année après avoir couvert ses besoins.

Cela suppose de regarder vos marges, vos remboursements, vos investissements et la solidité de votre organisation. Le montage doit rester supportable lorsque l’activité s’écarte du scénario prévu.

Échanger avec Lionel ↗Préparons les bonnes hypothèses de travail avec vos conseils.
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