Comment payer les salaires quand la trésorerie de la boulangerie est vide ?
Si votre boulangerie ne peut plus payer les salaires, construisez immédiatement un prévisionnel et contactez les partenaires concernés avec un dossier chiffré.
Si votre boulangerie ne peut plus payer les salaires, n’attendez pas le jour du virement : construisez immédiatement un prévisionnel de trésorerie, hiérarchisez les échéances et contactez l’Urssaf, la banque et les partenaires concernés avec un dossier chiffré. Plus la difficulté est traitée tôt, plus les solutions restent nombreuses.
Nous sommes en début de mois. Et, comme à chaque début de mois, mon téléphone sonne pour une mauvaise raison.
« Lionel, pouvez-vous nous aider ? Nous devons payer les salaires, mais nous n’avons plus de trésorerie. »
Ce type d’appel est devenu fréquent chez les artisans boulangers. L’énergie, les matières premières, la masse salariale, les remboursements d’emprunts et le ralentissement de l’activité ont réduit les marges de sécurité. Mais le manque d’argent visible sur le compte n’est que le symptôme. Pour agir, il faut reconstituer les flux, les dates et les décisions qui ont conduit au point bas.
Les artisans m’appellent aussi parce qu’ils savent que je ne les juge pas. Une tension de trésorerie n’est pas une faute morale. C’est une situation d’entreprise qu’il faut regarder avec lucidité, méthode et rapidité.
Pourquoi la trésorerie devient-elle critique au moment des salaires ?
Les salaires concentrent l’attention parce qu’ils ont une date connue, un poids important et une dimension humaine immédiate. Pourtant, la difficulté a souvent commencé plusieurs semaines ou plusieurs mois auparavant.
- Les coûts ont augmenté : énergie, beurre, farine, emballages, maintenance et prestations pèsent davantage dans les décaissements.
- Le chiffre d’affaires ralentit ou se décale : une hausse de prix mal absorbée, une fréquentation plus faible ou un multisite irrégulier réduisent les entrées de cash.
- La masse salariale reste élevée : elle doit être rapprochée de l’activité réelle, des plannings, de la productivité et de l’organisation.
- Les échéances se superposent : salaires, Urssaf, fournisseurs, TVA, crédits et frais généraux tombent parfois dans la même fenêtre.
- Le dirigeant pilote avec le solde bancaire : il découvre le problème trop tard parce qu’aucun point bas prévisionnel n’a été calculé.
La question n’est donc pas seulement « combien reste-t-il aujourd’hui ? ». Il faut savoir combien il restera après chaque échéance et selon plusieurs hypothèses réalistes.
Que faut-il faire dans les premières heures ?
Commencez par établir une situation de trésorerie courte et vérifiable. Listez le solde disponible, les encaissements attendus, les salaires, les cotisations sociales, les fournisseurs, les remboursements d’emprunts, la fiscalité et les dépenses indispensables à l’exploitation.
Ne mélangez pas les dettes déjà échues avec les dépenses futures. Ne comptez pas deux fois une recette. Ne transformez pas une hypothèse commerciale en encaissement certain. Le document doit permettre de répondre à trois questions :
- Quel est le besoin maximal de trésorerie ?
- À quelle date apparaît-il ?
- Quelle combinaison de mesures permet de retrouver un solde positif durablement ?

Peut-on demander un délai de paiement à l’Urssaf ?
Oui, sous conditions et avec l’accord de l’Urssaf. Pour un employeur, un échéancier est envisageable sur les cotisations patronales si les cotisations salariales ont été réglées. La déclaration sociale nominative reste obligatoire. L’Urssaf indique qu’un échéancier peut aller jusqu’à douze mois et qu’une demande de remise des majorations peut être déposée en complément.
Je préfère parler de demande d’échelonnement plutôt que de « créer une dette Urssaf ». Il ne s’agit ni d’un financement automatique ni d’argent gratuit. La demande doit être argumentée, acceptée et ensuite respectée.
Source officielle : demander un délai de paiement à l’Urssaf.
Comment présenter une demande à la banque ?
Une ligne de découvert, un report d’échéances ou un renfort de trésorerie ne se demandent pas avec une phrase alarmée et un relevé de compte. Il faut permettre au banquier de comprendre la situation, son origine, son caractère temporaire ou structurel, et la capacité de l’entreprise à tenir le plan proposé.
Pour mes clients, je produis un tableau complet qui présente le point bas, les échéances, plusieurs scénarios et les mesures prises par le dirigeant. À ce jour, les demandes de report que j’ai accompagnées ont été acceptées lorsqu’aucun report n’était déjà en cours. C’est un retour d’expérience, pas une garantie : chaque banque décide selon le dossier et le risque.
Le dossier à remettre au financeur
- La situation de trésorerie actuelle et les six prochains mois.
- Le montant exact du besoin et sa date maximale.
- Les causes documentées de la tension.
- Les mesures déjà engagées par l’entreprise.
- Les hypothèses de chiffre d’affaires et de marge.
- Le calendrier de remboursement proposé.
En cas de refus de crédit, de découvert supprimé ou de refus de rééchelonnement, la Médiation du crédit, gérée par la Banque de France, peut être saisie gratuitement. Le dispositif demande notamment une situation de trésorerie pour les six prochains mois.
Source officielle : Médiation du crédit aux entreprises.
Faut-il demander des délais aux fournisseurs ?
Oui, cela peut faire partie du plan, mais un fournisseur n’est pas votre banque. Il supporte lui-même des salaires, des achats et des échéances. Une demande crédible précise le montant, les factures concernées, les nouvelles dates et la manière dont les commandes futures seront réglées.
Votre commercial peut comprendre la situation sans avoir l’autorité nécessaire pour accepter le report. Il faut donc préparer des éléments qu’il pourra défendre auprès de sa direction. Et surtout, ne promettez pas un échéancier que vous savez déjà impossible à tenir.
Quelles autres solutions peuvent être mobilisées ?
Selon la situation, le plan peut associer plusieurs interlocuteurs : la banque, Bpifrance, l’Urssaf, les services fiscaux, la CCSF, le Codefi, la Médiation du crédit, les fournisseurs et les membres du réseau COGEFIP. Tous les dispositifs ne sont pas ouverts à toutes les entreprises et certaines démarches deviennent inadaptées lorsque la cessation des paiements est déjà caractérisée.
Il faut aussi agir sur l’exploitation : revoir les produits qui consomment du cash sans produire assez de marge, ajuster les achats, travailler les stocks et les pertes, corriger les plannings et mesurer l’effet réel d’une évolution tarifaire. Un financement peut donner de l’air. Il ne corrige pas, à lui seul, une exploitation qui détruit du cash chaque mois.
La plus grosse erreur : attendre et espérer
Attendre par honte ou par peur du refus ferme progressivement les portes. Une banque, un organisme social ou un fournisseur préfère découvrir un besoin dans un dossier anticipé que dans un impayé déjà subi.
Mon rôle est souvent de reprendre le relais auprès des institutions, mais toujours aux côtés du chef d’entreprise. C’est lui qui doit porter le projet, expliquer ses décisions et montrer qu’il reste aux commandes. J’apporte la pratique, les supports, la cohérence des chiffres et la crédibilité du plan.
« Demain, c’est déjà être en retard. En trésorerie, le courage ne consiste pas à cacher le problème : il consiste à le chiffrer et à ouvrir les discussions avant l’impayé. »
Lionel Broilliard
Comment reprendre le contrôle de votre trésorerie ?
Les salaires ou les prochaines échéances sont déjà menacés ?
Plus la situation est prise tôt, plus il est possible de construire un plan crédible avec les partenaires de l’entreprise.